Je vous annonce la parution de mon premier "polar", hommage à Michel Audiard

Publié le

Un extrait de mon premier Polar... histoire de vous donner envie d'en lire plus.

Le Syndrome de la Pie voleuse

Chapitre IX

Le repos troublé du guerrier

Max pénétra dans un magasin de lingerie féminine. Il en ressortit quinze minutes plus tard, tenant à la main un minuscule paquet-cadeau, orné d’un ruban frisotté comme un caniche qui sortirait du toilettage. Il se sentait d’humeur enjouée et, pour tout dire, un rien encline au libertinage.
« En dépit du merdier dans lequel je me débattais, le moral remontait… il n’était pas le seul ! Mais comme j’avais des bricoles à me faire pardonner, je m’étais fendu d’un petit cadeau pour Arté-Miss… »
Il s’éloigna, radieux, la tête emplie de visions d’un érotisme torride qui nécessite la pose du pudique carré blanc. Par conséquent, si vous brûlez d’envie d’assister aux ébats cérébraux de Max, il vous faudra vous rabattre sur votre imagination.
Il longea le boulevard et s’arrêta devant un immeuble en pierre de taille. Il composa le code, ouvrit la porte et pénétra dans le hall. Il se dirigea vers l’ascenseur. Un panneau était fixé sur la porte :

ASCENSEUR EN DÉRANGEMENT

Max secoua la tête, pesta contre « ces machins toujours en panne » et commença son ascension par les escaliers, montant les marches rapidement et ralentissant l’allure à mesure qu’il progressait. Il fut contraint de s’arrêter afin de reprendre son souffle. Il avait le visage congestionné. Avec les ans, la machine s’épuisait. Le disque dur était encore en bon état… le problème, résidait plutôt dans la détérioration des composants. Il contempla son paquet-cadeau. Il aurait peut-être dû lui acheter des roses… Il évacua ce scrupule aussi vite qu’il avait surgi… à une vitesse supersonique !
« Les roses c’est d’un ringard et puis j’en profite pas ! Alors autant offrir ce qui peut générer un plaisir partagé… n’est-ce pas ? »
Il poursuivit son ascension, en se ménageant. Ces escaliers n’en finissaient pas et il en vint à se demander s’ils menaient quelque part, un peu à la façon de ceux dessinés par ce gus, dont le nom lui échappait, mais qui devait être un agité du bocal, un compliqué du bulbe !
Il arriva au sixième étage. Sa face était rouge de l’effort fourni et il soufflait comme un bœuf asthmatique. Il s’appuya au mur d’une main. Haletant, il franchit les dernières marches et parvint devant la porte du logement d’Arté-Miss. Il frappa. La porte s’ouvrit.
— Coucou !
Arté-Miss le contempla d’un œil parfaitement inexpressif.
— Ah! C’est toi!
Dans l’encadrement de la porte, elle montrait un superbe œil au beurre noir.
« On pouvait pas dire qu’elle débordait d’enthousiasme ; il est vrai qu’elle arborait un sacré cocard en guise de maquillage! Faut croire, pourtant, qu’elle aussi était d’humeur câline… elle me laissa entrer… »
S’efforçant de contrôler sa respiration sifflante, ayant du mal à reprendre un rythme normal, Max désigna l’œil d’Arté-Miss.
— Pour ça… je suis désolé... tu sais que je t’aime ?
« Moi et ma grande gueule ! J’aurais mieux fait de glisser sur l’incident, car son visage se renfrogna. »
— Ah ! Ouais ! Et toi quand tu aimes tu cognes ? demanda-t-elle d’un ton revêche.
« Des réflexions pareilles ça vous déstabilise. Le terrain était verglacé et c’était pas le moment de perdre pied. J’en appelai à l’inspiration. »
Max prit la main d’Arté-Miss et la posa sur sa poitrine.
— Tu peux constater par toi-même… j’ai le palpitant qui débloque dès que j’t’aperçois… si c’est pas d’l’amour ?
Elle esquissa une moue dubitative, eut un haussement d’épaules éloquent.
— C’est pas l’amour…c’est l’cholestérol et l’emphysème !
« Je n’me laissai pas désarçonner pour autant, esquivai la tentation de polémiquer, même si j’étais persuadé que j’aurais fini par l’emporter, et lui tendit mon petit paquet. »
— Tiens c’est pour toi… histoire de me faire pardonner.
Arté-Miss, surprise, esquissa l’ébauche d’un sourire et Max afficha un air béat en songeant que les choses s’arrangeaient et surtout parce que, si elles s’arrangeaient, la soirée risquait d’être chaude. Cette perspective, réjouissante, il pouvait en sentir les effets se traduisant par un durcissement significatif. Elle défit le paquet-cadeau et son sourire se gela en contemplant le contenu. La soirée chaude commençait à virer à la Bérézina. Ce fut la retraite de Russie et… la débandade ! Arté-Miss adopta un air contrarié et agita, entre le pouce et l’index, un string, plutôt coquin et qui, en dépit du peu de tissu entrant dans sa fabrication, lui avait coûté la peau des fesses !
— Encore ! C’est le 17e ! On t’a jamais dit que les femmes aiment les fleurs ?
« J’aurais peut-être dû choisir les roses ! Restait plus qu’à éviter qu’elle m’envoie dessus ! Essayez de vous mettre en quatre pour leur faire plaisir! Elles sont jamais contentes ! Faut toujours qu’elles récriminent ! »
« Heureusement, il y a ce parking… pas celui des anges, chanté par Marc Lavoine, celui où se réconcilient les couples légitimes, ou non, ainsi que l’écrivait Léo Ferré, lequel avait le sens de la métaphore, voire même des synecdoques … je veux parler du plumard… le lit ! »

Après avoir joué à Tarzan et Jane, ils s’étaient endormis, lui du moins, car le mâle épuisé dormait, comme un bienheureux, tandis qu’Arte-Miss se tournait et se retournait dans le lit, au rythme d’une symphonie pathétique de ronflements sonores et intempestifs qui se manifestaient crescendo et decrescendo. Arté-Miss se mit sur le ventre et, excédée, se couvrit la tête de l’oreiller. Elle finit par glisser dans les bras de Morphée.

« Le subconscient c’est un truc bizarre ! Y’a des jours où on finirait par croire que l’esprit est supérieur à la matière. Cette nuit-là, je fus gratifié d’une vision… sans blagues ! »

Cela commença par un drôle de rêve, un rêve en couleurs qui, curieusement, adopta la forme d’un dessin animé. Max, du moins sa caricature, armé d’un gros calibre, tirait comme un forcené sur une grosse pie, affolée par les détonations. Le tireur éjecta le chargeur, en glissa un neuf dans son arme et recommença à flinguer. Max se réveilla en sursaut, se demandant où il était. À côté de lui, Arté-Miss grogna.
« C’était sans doute les escargots que j’avais mangés à midi… ces bestioles, elles devaient encore être vivantes, parce que j’avais l’impression qu’elles couraient un steeple-chase dans mon estomac ! »
Les gastéropodes devaient avoir franchi la ligne d’arrivée, car il finit par se rendormir. Ce fut alors que se produisit le phénomène. Il se traduisit par une succession de rapides flashes, au cours desquels il eut la vision fugitive d’une robe, en tissu bleu et blanc, tendue sur un ventre rond de femme enceinte…
« Comme l’auraient dit Papy Sigmund et ses réducteurs de têtes, j’étais atteint d’un curieux syndrome se traduisant par une vision récurrente virant à l’obsession… et le rêve se prolongea, me faisant revivre les événements qui constituaient la source de mes déboires présents… et futurs. »

Comme dans un film, la scène se déroulait selon le point de vue de Max. Elle était conforme à la réalité, à ceci près que les images se succédaient mais que la bande son était inexistante, ce qui lui conférait un aspect irréel. La rame était à quai, les portes s’ouvraient, des voyageurs descendaient, d’autres montaient et Max passait devant quelqu’un, à qui il ne prêtait aucune attention, et dont il ne voyait donc pas le visage. Il s’emparait du strapontin. Dans cette position assise, son champ de vision se limitait à une robe, de tissu bleu et blanc, tendue sur un ventre arrondi par la maternité. Max était bousculé par un homme qui courait. Il levait les yeux et apercevait, de dos, une femme, vêtue de bleu et de blanc assénant des coups de sac à main à l’homme. Il voyait ce dernier se saisir du sac et tirer de toutes ses forces. Les anses du sac se rompaient et le malfrat prenait la fuite avec son butin…

Les images se diluèrent. Dans le lit, Arté-Miss et Max dormaient. Dans son sommeil, Max s’agita, grogna. Il se retourna et, soudain, se dressa dans le lit, les yeux ouverts, ce qui le fit ressembler à Maxie, le boxeur sonné qui dormait sans fermer les mirettes dans Une femme modèle.
— Nom de Dieu… c’est cette salope! Hurla-t-il.
Arté-Miss fut brusquement tirée de son sommeil.
— Quel moustique t’a encore piqué ? Lui demanda-t-elle d’une voix endormie.
Max était déjà dans ses chaussettes. Il continua à se vêtir de bas en haut, fébrilement, pestant sur ces maudites boutonnières de chemise toujours trop étroites pour y entrer les boutons.
— C’est rien ! Je dois sortir…rendors-toi…
Cette recommandation eut le don de mettre Arté-Miss de mauvaise humeur.
— C’est facile à dire…je venais de m’endormir ! Lança-t-elle en insistant sur les derniers mots.
Mais, déjà, Max se ruait vers la sortie. La porte d’entrée claqua.
Arté-Miss, abasourdie, secoua la tête.
— Qu’est-ce qui lui a pris à ce fêlé ? C’est pourtant pas la pleine lune ! Ça doit être hormonal…l’andropause, sans doute… paraît qu’ils sont bizarres les mecs quand ça leur arrive !

Pour commander

MediaDit®
EDITION. DIFFUSION
2, Rue d’Anjou
53500 VAUTORTE
mediadit@gmail.com
Tél: ( 33 ) 0.243.987.150
RCS Laval N°495.406.720
T.V.A.Intracom : FR 434995406720
SIRET: 49540672000013

 

Commenter cet article